Confusion théologique! (Communion des divorcés-remariés)

On dit que le débat romain sur les divorcés remariés pourrait s’orienter simplement vers un assouplissement des règles de nullité…

La raison invoquée étant que Jésus a dit: « Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer ».

Il me semble que c’est mélanger deux choses: l’échec d’un mariage, et les relations sexuelles…
Le sous entendu, c’est qu’on ne doit pas avoir de relations sexuelles sans être marié à l’église.

Prenons le cas simple où un conjoint est abandonné par l’autre. Celui qui est abandonné n’y peut rien; or l’Eglise le condamne à l’héroïcité: ne plus jamais avoir de relations sexuelles ! Il est condamné au célibat.

Jésus a-t-il dit: « Celui qui a été abandonné par son conjoint devra rester célibataire? »

Un criminel, s’il se repent, pourra communier à nouveau. Une victime, pas, si elle « refait sa vie ».

Lorsqu’un mariage a échoué, la question n’est plus d’appliquer la règle de « ne pas séparer ce que Dieu a uni »!

Il s’agit d’accueillir les faibles, les blessés, et de leur donner le sacrement qui peut les soutenir!

Il y a vraiment mélange de problématiques. Confusion théologique.

Les catholiques sont les seuls chrétiens à avoir cette attitude: on punit ceux qui n’ont pas été capables de tenir l’idéal. Triste église!

(Ce billet est écrit avant que les décisions ne soient prises: on peut encore espérer!)

Mon coeur est-il fermé?

Deux brèves notes, suite à la messe de ce jour.

Le prêtre, avant la prière pénitentielle, nous dit que « nos coeurs sont souvent fermés »: d’où notamment la nécessité de demander pardon.

Il se trouve que je ne ressens pas mon coeur comme fermé, à aucun moment.
Mais je me ressens comme limité, imparfait, ne donnant que peu d’amour. Pécheur en somme.
Les notions de « coeur ouvert/coeur fermé » se situent pour moi dans un registre volontariste, où on « décide » que l’on ouvre son coeur ou pas.

Mon approche est complètement basée sur la spontanéité et la confiance en Dieu. Mon souci est d’apprendre à me connaître, et d’abord à accepter ce que je suis, en ne le corrigeant que par des méthodes souples et subtiles, comme on corrige un enfant.

Est-ce qu’il a pu m’arriver de dire à un de mes enfants qu’il avait le coeur fermé? Je ne crois pas! Ce n’est pas ainsi que le problème d’avancée dans l’amour se pose, en tout cas pour moi.

 

Deuxième sujet, un peu différent: à Tigery au Chemin Neuf, session « Jéricho » ces jours-ci. 150 ou 200 jeunes, peut-être plus. Des musiciens et chanteurs de qualité pour accompagner la messe. Ambiance extraordinaire, qui m’a rappelé les « Chartres » (et « Esclimont ») de ma jeunesse, où il y avait des milliers de participants. C’est bien une ambiance dans laquelle on peut se convertir, tant on est pris.

Ce que je vais dire, on « n’a pas le droit » de le dire bien sûr ( 😉 mais une messe comme celle-là vaut dix messes ailleurs, tant on est amené à prier, d’un bout à l’autre!
A se tourner vers « le Désiré », comme le prêtre a joliment désigné celui dont Anne attendait la venue, dans l’évangile du jour.

Conscience et « norme »

Je reparcours le livre d’Ivan Illich (« La corruption.. ») sur lequel j’ai publié un article cet été. A la page 257 il indique qu’il « est extrêmement difficile (aux hommes modernes – et en particulier aux chrétiens) de concevoir la conscience comme autre chose qu’un appel à une norme (..) ».

C’est à dire que les chrétiens réfléchissent à leurs actions et conçoivent leur « conscience » par rapport à une loi, externe ou interne.
Le bon samaritain, rappelle Illich, n’est pas poussé par une telle obligation de conscience. Mais comme Saint Paul le dit, par l’amour, la foi, l’espérance.

Le livre de Marc Oraison « Une morale pour notre temps » (1964) critiquait vivement les examens de conscience basés sur des listes de choses « permises » ou « défendues ».  Illich va plus loin peut-être, et nous invite à entrer dans la folie de l’amour.

Sur ce sujet voir éventuellement mon exposé: « Sagesse et folie du christianisme -Une étude du début de la 1° lettre aux Corinthiens » (pdf)

Tristesse= péché?? Ou quand la spiritualité devient folle

Peut-être ai-je déjà écrit ailleurs ce qui suit, mais je ne le retrouve pas.

Une nouvelle fois, je viens d’entendre un prêtre de spiritualité ignatienne affirmer que la tristesse est une attitude pécheresse, et qu’il faut en demander pardon.

Je pense pour ma part que les prêtres qui disent des choses pareilles devraient demander pardon à tous les gens qui sont tristes, et tourner leur langue dans leur bouche avant de parler.

Commentant au début de la messe un chant où il était question d’exulter et de danser de joie, et citant le Pape François qui parle de la joie de l’évangile, le prêtre a dit en substance « qu’il y a du péché dans la tristesse ».
Fou, non?
 

Il me semble pourtant que quelqu’un a dit: « Mon âme est triste à en mourir.. ». C’était qui, déjà? (Mt 26,38)

C’est du volontarisme, comme le fameux « Allez, il faut louer! »

Nos sentiments sont ce qu’il sont et il faut les accepter pour les connaître; qu’il faille, avec l’aide de Dieu, prendre ensuite une certaine distance avec eux, sans doute; mais ne pas les nier ni dire que la tristesse est mauvaise.

Oui pour remettre sa tristesse entre les mains de Dieu, et se confier à lui. Mais STOP ! Qu’on ne dise pas que c’est mal de ressentir de la tristesse.

Je sens là un grave danger, tant spirituel, que pour l’équilibre psychologique des gens à qui on dit cela (on n’a plus le droit de ressentir ses sentiments).

Je suis trop dur?

Chrétiens, est-ce nous qui agissons?

La question que je pose ainsi, de façon à la fois brutale et sybilline, m’est inspirée par l’homélie du prêtre à partir de l’évangile d’aujourd’hui (« Celui qui ne renonce pas à lui-même ne peut être mon disciple » – ce qui est la formulation de Luc 9.22, pas tout à fait celle de Luc 14,26).

« Nous ne savons pas aimer, a dit le prêtre; il faut que le Saint Esprit vienne en nous et que ce soit lui qui aime en nous! »

Je sais bien que Paul écrit: « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », mais il y a dans l’affirmation du prêtre quelque chose qui me gêne: comme si nous n’étions pas peu à peu transformés par l’amour, appelés à monter dans l’amour; à entrer finalement dans l’amour infini. Comme si c’était quelqu’un d’autre, en nous, qui agissait.

Le rôle de l’Esprit, tel que je le vois, est de nous guider et de nous transformer. Ce qui n’exclut pas bien sûr qu’il aille plus loin par moments et fasse à travers nous, sans que nous le sachions ou sans que nous l’ayons voulu, des miracles: parce qu’il nous aura « fait agir », à un moment donné, comme il fallait pour que l’amour passe.

Mais je maintiens que c’est bien nous qui agissons d’habitude, en acceptant d’être de plus en plus dans l’amour; en entrant dans la volonté de Dieu; en étant « en Dieu » en quelque sorte. Par l’Esprit et dans l’Esprit.

Je reconnais que l’approche charismatique amène à recevoir en soi la présence de l’Esprit, chantant en langues, et agissant notamment par des charismes.
Mais cela n’est pas extérieur à nous. C’est Lui et c’est nous.

C’est pourquoi cette formulation du prêtre me gêne.

Voilà, c’était le mécontentement du jour… (Ouvrez les « points d’humour »:) Guidé par l’Esprit? 😉

Déterminisme et liberté

Je lis dans la revue « Connaître » n° 36-37 de 2011 (pdf) un article de Bertrand Feltz qui me fait découvrir les thèses du neuroscientifique et prix Nobel Gerald Edelman (lire pp.40-42).

La thèse d’Edelman est qu’il y a au cours du développement d’un homme une « sélection des groupes neuronaux » selon leur utilité, le résultat final étant (je saute les étapes intermédiaires) une « conscience intentionnelle »: l’homme est capable d’élaborer des plans d’action en fonction de son système personnel de représentation. Il y a, pour Edelman, un certain niveau de libre arbitre chez l’homme.
Voilà donc un scientifique qui reconnaît que nous ne sommes pas des automates, programmés je ne sais où, exécutant nos tâches comme des robots qui ne savent pas qu’ils le sont.

Cette approche, nouvelle pour moi, ouvre beaucoup de portes.

Cela dit il ne semble pas qu’elle tienne compte de façon explicite du rôle de la relation à l’autre, qui est pourtant essentiel: un enfant élevé seul devient, dit-on, idiot et meurt. Cela relève il est vrai d’autres disciplines (voir sur mon ancien site mes remarques à ce sujet).
Le langage, l’altérité de l’autre, sont des facteurs importants pour le développement de « plans d’action » (selon le mot d’Edelman) de plus en plus subtils: qui tiennent compte de l’autre…, premier aspect de l’ouverture à l’amour au sens chrétien.

Mais positivement, cette approche semble montrer qu’il n’y a pas, au sens strict, de déterminisme: ni au plan psychologique, ni au plan historique! Si c’est bien cela, c’est un sacré changement!

 

Je voudrais réfléchir maintenant à partir de cette théorie, d’abord sur le plan humain, puis sur le plan scientifique, et enfin sur le plan religieux.

En premier lieu, et ce n’est pas négligeable, Edelman répond à la question de la justice des hommes: certains hommes – la plupart – peuvent être jugés responsables de leurs actes; libres: ils élaborent des plans dont ils sont conscients (la notion de conscience morale serait à approfondir ici); d’autres seront jugés non responsables (fous).

En deuxième lieu, il me semble qu’on peut déduire logiquement de cette théorie qu’il n’y aurait aucune différence entre un homme et un « homme artificiel », qui serait fabriqué en laboratoire selon les mêmes méthodes qui sont actuellement celles de la nature; ou, pour pousser le trait: un robot qui aurait exactement notre structure nerveuse et physique… serait un homme. Comme nous.

Cela dit, sur le plan scientifique, l’analyse d’Edelman, et de tous les neuroscientifiques actuels … oublie les dimensions cachées! J’entends par là tout ce que notre science actuelle ne connaît pas ou ne veut pas connaître.
Je pense en particulier, parce que c’est le mieux prouvé, aux « NDE » ou « Expériences aux frontières de la mort » (appelées aussi « EMI »): il apparaît, à travers ces expériences, que des femmes et des hommes continuent à penser, à voir et à entendre, alors que leur cerveau a un électro-encéphalogramme plat… Et donc la question est: avec quels neurones pensent-ils?
Et puis il y a par exemple les approches orientales, avec des notions telles que celle d’aura. Je n’en dis pas plus, mais il faut se rappeler que le réel est peut-être bien différent, et plus complexe, que ce que nos scientifiques croient en savoir.

Sur le plan religieux, la première réflexion qui me vient est que cette théorie m’aide à mieux comprendre les athées: je veux dire que l’idée que nous puissions être simplement un tas de cellules relativement bien arrangées est quelque chose d’assez déprimant; et à partir de là il est normal pour les athées de percevoir la religion comme une consolation pour esprits faibles…

Un chrétien a du mal à s’en tenir là, à ne voir son corps que comme un ensemble de cellules: de même que nous avons un père sur terre, de même nous nous situons dans le cadre d’un plan plus vaste où nous avons aussi un père dans le Ciel. Notre engendrement n’a pas été seulement le développement de groupes de cellules, mais le début d’un projet montant vers une infinité d’amour.

Pour en venir maintenant à des aspects plus précis, la première question est celle de la « création » de l’homme (Adam) et de « l’âme » humaine: je ne suis pas sûr que ces questions puissent avoir des réponses bien spécifiques, ni qu’elles aient tellement d’intérêt (Je ne parle pas ici de l’existence de Dieu).
Il y a longtemps que l’on voit l’homme comme résultant d’une évolution à partir des animaux: y a-t-il eu une « pichenette » à un moment, faisant passer à l’homme? Y a-t-il eu adjonction d’une dimension qui serait l’âme? C’est possible, mais on n’a pas forcément besoin de ces hypothèses. Je préfère en venir à des aspects beaucoup plus importants, à savoir la relation à Dieu.

Manifestement, les hommes les plus primitifs (et même peut-être certains animaux?) se sont posés depuis le début la question de l’existence de Dieu ou des dieux (animisme), et ont commencé à créer des cérémonies sacrées.

Et c’est à partir de là que, de mon point de vue de chrétien, Dieu a, de son côté, commencé à répondre, et à se révéler.

Or, ce qui résulte d’un dialogue avec le Tout autre, c’est un accroissement de nos expériences: notamment de découvrir que se donner est la plus belle façon de vivre; et découvrir un au-delà qui est réel.

Par la révélation judéo-chrétienne l’homme entre dans une liberté de plus en plus grande, cette liberté dont Edelman nous montre qu’elle débute par les « plans d’action » que nous sommes capables d’élaborer.
En relation avec Dieu, nos plans d’action n’ont pas de limite: nous sommes appelés à la liberté.

Dieu parle à chacun selon ce qu’il est

A la messe d’aujourd’hui le prêtre a cité la phrase de Jésus à Catherine de Sienne: « Si tu te fais canal, je me ferai torrent ».

Et je me disais qu’en fait, Dieu parle à chacun selon ce qu’il est.

Imaginons un homme, par exemple un brillant astrophysicien, qui est en même temps un mari aimant et un père attentionné: il ne parlera pas de la même façon avec des scientifiques et avec son fils, ou avec sa femme.
Les centres d’intérêt, le type d’échange, n’est pas le même.

Jésus, Dieu, peut parler à chacun selon le genre de vie intérieure qu’il a, et/ou selon le type de réflexion théologique qui est la sienne; selon le type de comparaison et de raisonnement qui ont du sens pour lui (pour elle), etc.

C’est juste une réflexion banale que je me fais, mais elle montre peut-être que tout ce que dit Dieu au Saint X ne convient pas forcément à la vie spirituelle de chacun… Enfin j’ai tendance à le penser.

Peur que l’au-delà existe?

Les non-croyants ont-ils peur que l’au-delà existe? C’est parfois mon impression.

Parlant hier des « NDE » (ou « Expériences Hors du Corps », selon l’excellente expression de Jean-Pierre Jourdan) avec un ami non-croyant, j’ai eu l’impression qu’il préférait ne pas y croire, et serait gêné que ces expériences – nombreuses et bien documentées – prouvent qu’il y a autre chose que notre corps matériel et visible.
L’idée que la pensée, la vue et l’ouïe puissent exister pendant que le cerveau est complètement inactif est il est vrai assez renversante.

Du coup je me suis demandé s’il n’y avait pas, chez un certain nombre d’athées et de non-croyants, une peur plus ou moins inconsciente que l’au-delà existe – ne serait-ce que sous la forme de « dimensions du réel » autres que celles que nous connaissons.

On retrouve ici la question de l’ouverture, que j’évoque dans mon livre « Le fait Jésus » et qui est fondamentale pour une attitude scientifique correcte.

Que l’on soit scientifique ou pas, refuser que de telles réalités puissent exister est plus facile que d’y être ouvert.

Leur existence – désormais difficile à contester –  crée une insécurité importante que tout le monde ne peut sans doute pas supporter.

Dialogue, clarté, ouverture

Dialogue: il me semble que dans toute rencontre, avec des frères chrétiens comme avec des non chrétiens, l’idéal serait de savoir se tenir dans une attitude d’écoute, de dialogue, de réflexion en commun. Toute rencontre entre quelques chrétiens revient à former une petite église; et avec des non chrétiens, une « communion humaine », comme dit Régis Debray.
Même si l’on vous demande votre avis, penser que c’est peut-être l’autre en réalité qui a des choses à vous expliquer et à vous apprendre.

Clarté: c’est ce que j’ai cherché à atteindre dans mon livre « Le fait Jésus ». Clarté des concepts; clarté de l’expression. Parler du christianisme comme on parle dans la vie de tous les jours à notre époque. Comme on parle, aussi, entre scientifiques.

Ouverture: sur ce qui n’est pas certain, faut-il « se taire », comme disait à peu près Wittgenstein? En tout cas admettre que diverses hypothèses sont possibles. Et d’abord ne pas croire que l’on en sait plus que l’on n’en sait.

Et de manière générale, admettre que l’on peut réfléchir sur le christianisme de plusieurs façons différentes.

(Petites notes pour clarifier ma position, en vue d’une rencontre envisagée).