Parlons d’amour, et non de péché…

En lisant récemment un article sur Pélage, j’ai à nouveau été saisi par le caractère simplet, et même faux, vu depuis le XXI° siècle, des débats qui agitaient les théologiens à l’époque – et qui je crains agitent toujours beaucoup d’entre eux .

Pélage contestait notamment, si j’ai bien compris, le péché des origines, et disait que le péché d’Adam ne concernait que lui seul et non ses descendants. Le vrai problème aujourd’hui est de savoir s’il y a eu à un moment quelconque un premier péché… et d’admettre que cette question n’a pas de sens: les premiers hommes, encore presque des animaux, ont agi avec brutalité et égoïsme, comme il est naturel. Et c’est la prise de conscience de l’existence de Dieu, puis la révélation, notamment judéo-chrétienne, qui ont conduit d’abord à une sorte de morale, puis à un renversement – par le Christ – de la morale en amour-don: chaque homme est désormais invité à entrer dans l’amour jusqu’à en mourir.
Bien sûr nous sommes pécheurs, et nous prenons conscience d’être extrêmement pécheurs dès lors que nous entrons dans une relation de prière profonde avec Dieu. Mais ce n’est pas le problème. Il s’agit d’aimer!

Pélage disait aussi, et cela est évidemment non chrétien (mais très moderne), que nous pouvons « nous sauver » par nous-mêmes. A supposer encore que l’on sache ce que signifie « le salut » pour tous ceux qui raisonnent ainsi.
Entrer dans l’amour suppose de recevoir la vie de Dieu en nous: d’être transfiguré par lui. On ne « se sauve » évidemment pas soi-même. On n’accepte pas de mourir à soi-même sans l’aide de Dieu!

Je note que « la chute » n’est pas mentionnée dans l’un ou l’autre Credo; ni non plus, si j’ai bien regardé, dans les évangiles…

 

La philosophie est-elle un savoir?

Avec un groupe d’amis, nous discutions l’autre jour de savoir si la philosophie est une science…
Pour la plupart des participants il était évident que la philosophie n’est pas une science, bien qu’il y ait au CNRS une section des « sciences philosophiques » comprenant notamment la métaphysique, l’éthique, etc., et bien que, historiquement, la philosophie ait donné naissance aux sciences.

Une amie m’a ensuite envoyé un lien vers un « corrigé » de dissertation, tel qu’on en trouve sur le web, qui explique en quoi la philosophie est une science…
« L’objet de la science, explique ce corrigé qui me laisse perplexe, est d’établir des rapports rationnels – rapports d’identité ou de causalité »… Et d’expliquer ensuite que la philosophie est une science parce qu’elle s’occupe d’un domaine bien défini, « les états de conscience » (!), et y réfléchit de façon rationnelle…
Bien triste corrigé! (d’origine américaine peut-être).

Pour prendre le problème différemment, je me demande pour ma part si la philosophie est un savoir… Et je n’en suis pas sûr ! Connaître tout ce que les philosophes ont écrit depuis les origines constitue assurément un savoir. Mais il y a tellement de contradictions dans ce qu’écrivent les philosophes que l’on peut douter d’avoir beaucoup progressé en 3000 ans: les questions restent semble-t-il toutes ouvertes, et l’on est riche seulement de connaître les réponses diverses, et toujours nouvelles, qu’y apportent les penseurs.

C’est au niveau de la méthode, sans doute, que l’on peut espérer des progrès. Descartes, dans son discours de la méthode, fondait la science moderne. Et d’autres philosophes s’efforcent, de diverses façons, de proposer une méthode (je pense par exemple à Jean-Luc Marion, mais surtout à Ferdinand Gonseth). La méthode est au service du savoir; elle n’est pas elle-même savoir, surtout si, comme c’est sans doute le cas pour Marion, elle a notamment pour but de décrire nos perceptions.

« La philosophie n’est pas une science », écrit Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique, « et c’est pourquoi, comme disait Kant, on ne peut apprendre la philosophie. On ne peut apprendre qu’à philosopher. »

 

Concepts, idées (1)

Ceci est l’essai d’une méthode pour rassembler peu à peu des réflexions sur des sujets généraux, notamment philosophiques. Cela se présente comme des paragraphes à propos de mots ou d’idées. En voici déjà trois:

Morale/éthique
Jean-Michel Besnier dans « Demain les posthumains »: La morale se contente de prescrire le bien et le mal. L’éthique vise à ce que les hommes s’efforcent de préserver entre eux l’équilibre et l’harmonie.
La réflexion éthique est le préalable à une éventuelle action politique (un peu comme pour l’économie)

« Pensées automatiques »
Aaron Beck désigne ainsi les flux de pensées à peine conscientes à peu près permanents en nous, et que nous ne commençons à repérer qu’en y faisant spécialement attention. En devenir conscient peut nous aider grandement à comprendre notre propre psychologie. (« La thérapie cognitive et les troubles émotionnels » – 1976/2010)

Relaxation
Le mieux en matière de relaxation est me semble-t-il – si les douleurs que l’on a ne sont pas trop fortes – de faire, seul, une relaxation personnalisée: c’est à dire tout simplement, allongé, d’accepter les douleurs que l’on ressent, et de résister au désir de se lever. Rester quelque temps allongé, de façon souple. Idem la nuit, si on a envie de se lever parce qu’on a mal, résister un peu et rester allongé. En acceptant aussi les idées qui nous traversent (sans qu’il s’agisse de se centrer sur la réflexion; c’est l’acceptation des douleurs, et éventuellement leur relativisation, qui reste au centre).

(Pour moi) C’est vrai !

En lisant une interview de Luc Ferry, je ne peux m’empêcher d’avoir envie de répondre.

 » Les religions reposent sur le principe de la foi, de la vérité révélée »
Toute conviction raisonnée repose sur un ensemble de faits. Le christianisme n’est pas une « vérité révélée ». Il est un fait, le fait Jésus; que l’on croit vrai ou non. Mais, sur tout sujet, chacun de nous croit ou ne croit pas; le mot « foi » ne convient pas. Chacun de nous a des convictions. Luc Ferry (comme beaucoup de gens, certes) voit un absolu dans « la foi », là où je vois simplement la reconnaissance d’un fait, dont je suis convaincu qu’il est vrai: Jésus a existé, il nous a montré comment aimer, et s’est montré vivant après sa mort.
La question est alors: « est-ce possible? » Je constate que c’est vrai (je suis tout à fait convaincu que c’est vrai): … donc c’est possible!

« Pas besoin de Dieu »
Je n’ai pas « besoin » de Dieu: je constate qu’il existe des êtres supérieurs, qui se montrent à nous notamment en Jésus. C’est un fait – que j’en aie « besoin » ou pas!

 « La résurrection des corps, pas simplement des âmes… »
Je ne sais contre qui Luc Ferry bataille ici: je ne peux pour ma part pas séparer mon corps d’autre chose, qu’on l’appelle âme, esprit ou autrement. Ma conviction – appuyée sur les faits chrétiens comme sur les NDE – est que l’existence continue après la mort: « est-ce avec mon corps ou sans mon corps, je ne sais »: mais c’est moi – moi complet ! Ce n’est peut-être pas sur cette terre, mais d’abord et surtout dans des dimensions en plus, dont les NDE nous donnent une idée (voir l’exposé que j’y ai consacré).

 « La promesse de la religion chrétienne, c’est la mort de la mort. »
Ce qu’apporte la religion chrétienne, c’est l’amour allant jusqu’à la croix, condition pour s’élever spirituellement. « La mort de la mort », non; la vie après la mort, oui, mais là encore les NDE nous le montrent peu à peu, et tous les hommes devraient progressivement en accepter la réalité.

« Les (..) religions (..) promettent le salut, c’est-à-dire la vie bonne, par Dieu et par la foi, là où les philosophies (définissent) la vie bonne sans Dieu et sans la foi; par soi-même et par la lucidité de la raison. »
Le « salut » est-il « la vie bonne »? C’est une façon de parler chère à Luc Ferry. Les chrétiens n’emploient pas cette expression. Le salut, c’est d’entrer dans l’amour, de plus en plus; cela rend heureux, ce qui est un « plus ». C’est « la bonne façon de vivre« …
Alors que, pour un chrétien, toute autre façon de vivre manque plus ou moins la cible: et donc n’est pas la vie bonne!
Dire que « les philosophies » définissent la vie bonne « sans Dieu et sans la foi » est une affirmation inexacte! Il y a en effet des philosophies chrétiennes !
Atteindre (et non « définir ») une vie bonne « par soi-même, et par la lucidité de la raison » est une prétention classique de l’homme, qui ne veut rien devoir à qui que ce soit d’autre.
Quant à la lucidité de la raison, elle consiste justement à accepter ce qui est vrai, même si c’est le contraire de ce que l’on pensait avant.

Et je veux ici une fois de plus renvoyer à Ferdinand Gonseth, le philosophe de l’ouverture au changement d’opinion !

P.S. : En fait ce que Luc Ferry appelle « vie bonne » est sans doute ce que d’autres appellent le sens de la vie: le sens que l’on peut trouver/donner à sa vie.
Il n’en reste pas moins inexact de dire que la philosophie définit un sens de la vie « sans Dieu »: d’abord parce que beaucoup de philosophies, me semble-t-il, ne s’intéressent pas au sens de la vie! Ensuite parce que, je le répète, il y a des philosophies qui comprennent l’ouverture à l’au-delà. Le refus de l’au-delà est une option philosophique.

 

« Que l’on prie pour moi » (Des cercles de prière?)

J’ai eu deux fois l’occasion que plusieurs amis prient pour moi, de façon simultanée. Ce sont des souvenirs très profonds.

Et je suis sûr que beaucoup de gens aimeraient que l’on prie pour eux: pas seulement en le disant (« je prierai pour toi », ou « avec toi »), mais en étant réunis à quelques uns, physiquement ou d’une autre façon précise, autour de la personne qui aimerait que l’on prie pour elle.

Nous avons tous, je pense, ce besoin. Et du coup j’imagine, sans me sentir le courage de le lancer, des sortes de « cercles de prière », où l’on prierait successivement pour chacune des personnes présentes: par quelques paroles; éventuellement en mettant la main sur son épaule comme on le fait dans les groupes de prière charismatique.

Ce serait chacun à tour de rôle: l’un des participants dirait, à sa façon, son besoin que l’on prie pour lui, et les autres alors l’entoureraient, diraient trois mots, feraient un geste. Puis ce serait le tour d’un autre. Si le groupe est trop nombreux (plus de 10?), on ferait plusieurs groupes, séparés, dans des parties différentes de la salle ou de l’église.

Des rendez-vous réguliers de ce type, sous le titre de « Cercle de prière » ou autrement, pourraient je pense rencontrer un certain succès.

Je ne me sens simplement pas le courage de le lancer dans ma communauté. Peut-être d’autres se sentiront-ils inspirés par cette idée?

 

3 mars: Une amie me dit que dans son groupe de « Prière des mères » elles prient quelquefois les unes pour les autres.

6 mars: Un ami m’indique que dans sa paroisse il y a tous les mois une « maison de prière », nouveau nom de ce qui était avant des « soirées de guérison »… On y prie notamment par groupe de trois.

Liens… (« mon Facebook »)

Un peu comme je le fais pour les citations de Nicky Gumbel, je crée ici un billet où j’ajouterai peu à peu des liens que j’ai trouvé intéressants. Jusqu’à présent je les mettais en général sur Facebook.
Les plus récents sont au dessus.

 

Points de vues américains sur l’hypocrisie des restrictions françaises à la liberté d’expression
http://www.slate.fr/story/96897/la-presse-americaine-presque-unanime-pour-dire-que-larrestation-de-dieudonne-est-une-err?fb_ref=Default

 

Une guérison « après Lourdes », par quelqu’un qui a prié pour les autres. Et qui est devenu un spécialiste des NDE (EMI):
http://www.larevuedelaudela.com/nos-collaborateurs/dr-jean-jacques-charbonier.htm

 

Des prêtres mariés? Très intéressant article, détaillé, de Jean Mercier – La Vie (Il est contre…)
http://www.lavie.fr/…/je…/le-pretre-marie-laic-augmente,3953

 

« La réalité va bien plus loin… » – Le mal (B.Vergely)

Deux textes de Bertrand Vergely, dans le livre « Regards sur notre monde » (Mame):

1)
Les penseurs contemporains qui rejettent la foi voient en elle une solution de facilité reposant sur des réponses toutes faites. Il s’agit là d’une erreur. Avoir la foi consiste à croire qu’effectivement, il y a autre chose que ce que nous voyons, la réalité allant bien plus loin que nous ne le pensons.

Avoir la foi consiste à croire qui plus est que ce qui va ainsi plus loin relève d’une dimension spirituelle. Enfin, avoir la foi consiste à croire que nous sommes appelés à devenir des êtres spirituels, l’esprit étant de l’ordre de la présence créatrice qui fait le fond de notre être comme de tout être.

Il n’y a là rien de facile ni aucune réponse toute faite. Au contraire! Il s’agit d’avancer.

2)
Le mal est l’absence de bien. Le mal n’a pas d’être. Il n’est pas une réalité sous la forme d’une composante de l’univers comme le pensent certaines doctrines gnostiques. Plutôt que d’être présence, il est absence. Absence de quoi? De vie spirituelle et profonde.
D’où la réponse à la question « Pourquoi le mal? »

Celui-ci vient de la religion que l’on n’a pas, de la spiritualité que l’on n’a pas, du bien que l’on ne fait pas. Belle réponse. Forte réponse. Le mal existe quand on ne veut pas le bien. Avec une telle réponse, aucune justification du mal, aucune accusation non plus mais, au contraire, un changement de perspective total.
C’est ce que fait le Christ. Face au mal, il ne justifie pas, il n’accuse pas. Il est la spiritualité même. C’est ce qui fait qu’on le tue.
Les hommes ne supportent pas que l’on ne justifie pas le mal ou que l’on n’accuse personne. Ils veulent des explications et des coupables. Face à ce changement de perspective, on a l’impression que Dieu se tait. Il ne se tait pas. Il parle autrement, à travers les spirituels, hommes et femmes.
Qui renverse le mal dans le monde? Ceux qui, dans la patience, vivent malgré le mal en ne désespérant pas. Ils portent le monde dans leur patience et dans leur foi.

Est-ce que tu es là, ou pas?

Un frère dominicain nous a raconté ce midi l’histoire suivante.

Un prêtre qui parlait de son itinéraire, dans une émission du Jour du Seigneur, expliquait qu’il avait été en Inde dans un mouroir. Là on lui avait donné un peu d’huile, en lui disant d’aller masser un mourant.

Avec beaucoup d’hésitation il avait commencé à masser un peu la main d’un mourant, d’un geste léger. Et voilà que le mourant d’un seul coup s’adresse à lui, et lui demande:

« Est-ce que tu es là, ou pas? »

Et alors il s’est décidé, et s’est mis à masser beaucoup plus à fond les bras du mourant, etc.

C’est la question que Dieu pose à chacun de nous, a ajouté le dominicain: est-ce que nous sommes vraiment là, face à Lui?

 

Une homélie

Les textes d’aujourd’hui (Lundi de la 34° semaine année A) comprenaient le début d’Apocalypse 14 et le commentaire de Jésus sur la piécette de la veuve (Luc 21).

Sur cet évangile, le prêtre a fait remarquer que Jésus voit les petites choses, les choses cachées; nous avons tendance à voir chez les autres ce qui est le plus visible, et qui éventuellement ne nous plaît pas, au lieu de savoir apercevoir les choses plus cachées qui font la valeur de la personne.

D’autre part il a suggéré que, pensant à cette pauvre femme, nous sachions offrir nos pauvretés à Dieu; que nous n’hésitions pas à le faire, à nous présenter comme nous sommes.

Sur l’Apocalypse enfin, où les 144 000 chantent « un chant nouveau » que personne ne peut apprendre, il a suggéré que si un tel chant ne peut être appris, c’est qu’il est personnel; qu’on ne peut pas le partager. Et il a pris la comparaison des vierges sages et des vierges folles: l’huile qu’elles ont chacune est pour elle-même, pas pour une autre. De même le chant de chacun lui est propre.

Comment ne pas penser au « chant en langues », la messe ayant lieu dans cette communauté charismatique qu’est le Chemin neuf!

Donner, pardonner

J’ai écrit il y a bien des années un texte, « Pour pardonner, donner » , qui me semble toujours essentiel: en choisissant de faire un geste en direction de l’autre à qui on en veut, on change son propre coeur, et on oublie plus vite l’offense ressentie.

Plus récemment j’ai trouvé, dans un livre dont je n’ai plus la référence, une suggestion un peu analogue :
L’auteur raconte l’histoire d’un businessman (ou autre responsable) qui, pour se réconcilier avec un autre homme d’affaires qu’il connaît bien, lui demande s’il accepterait de lui prêter pour quelques jours un certain livre, assez précieux, qu’il se rappelle avoir vu dans sa bibliothèque! En somme il lui demande un service! L’autre accepte.

Et l’auteur explique: nos actes influent sur nos pensées; le deuxième homme d’affaires, ayant prêté le livre, va « rationaliser » ce qu’il a fait, et penser désormais que s’il a prêté le livre, c’est que l’autre après tout n’est pas si haïssable…
Moral ou pas moral, si ce truc correspond de fait à ce qu’est notre psychologie, il est intéressant à garder en tête. Et il a des points communs avec mon texte, sauf que le problème est pris dans l’autre sens.

Du coup j’ai aussi pensé à Comte-Sponville et à son « Petit traité des grandes vertus », qui commence par… la politesse! Ce n’est pas une vertu, explique Comte-Sponville en citant Kant, mais c’est ainsi que l’on fait un premier pas vers la morale. C’est pourquoi on enseigne la politesse aux enfants. Le respect s’apprend à travers cette éducation. Certes la politesse n’est pas le respect, mais « on finit par ressembler à ce qu’on imite ».